Avec 2 500 brasseries en activité, la France reste le pays européen qui compte le plus grand nombre d’établissements brassicoles. Elle affiche pourtant une consommation moyenne de seulement 33 litres par habitant et par an, soit le niveau le plus faible de l’Union européenne selon Brasseurs de France. Ce contraste illustre la singularité du marché français : un tissu productif particulièrement dense, mais une consommation individuelle modérée. [1][2]

Les préférences évoluent également. En 2024, le vin a repris sa place de boisson alcoolisée préférée des Français, avec 60% des réponses, contre 58% pour la bière, après deux années durant lesquelles cette dernière occupait la première position. Cette hiérarchie s’est confirmée en 2025 : le vin a recueilli 58% des préférences, contre 56% pour la bière. [3][4]

Pour mieux comprendre ces évolutions, LPDJ Insights a croisé plusieurs indicateurs : l’intérêt suscité par les principales marques sur Google, leur considération d’achat, leurs performances en grande distribution ainsi que les dernières données disponibles sur la consommation française et européenne.

Les marques de bière suscitant le plus d’intérêt sur Google 

La Planque du Joueur a établi un classement des marques de bière les plus recherchées à partir de données Google Trends collectées sur la période 2021-2026.

Google Trends ne fournit pas des volumes de recherche absolus, mais un indice d’intérêt relatif normalisé sur une échelle de 0 à 100. Ces résultats doivent donc être lus comme une mesure de l’intérêt suscité par chaque marque sur Google, et non comme des parts de marché ou comme la proportion de Français qui les recherchent. [5]

Leffe obtient l’indice d’intérêt moyen le plus élevé sur la période étudiée. Cette première place fait écho au classement YouGov 2024, fondé sur le score de considération des marques. Cet indicateur mesure la part des répondants qui envisageraient d’acheter une marque parmi celles qui leur sont proposées. Il ne doit donc pas être confondu avec l’intérêt de recherche mesuré par Google Trends. [6]

Dans le classement YouGov, Leffe occupait la première place pour la deuxième année consécutive. La marque arrivait notamment en tête auprès de la génération X et des baby-boomers. Elle était également la seule marque de bière à occuper le même rang auprès des hommes et des femmes. [7]

Desperados avait, pour sa part, progressé de la cinquième à la deuxième place entre 2023 et 2024. La marque bénéficiait d’une considération particulièrement élevée auprès des jeunes consommateurs.

Parts de marché en 2023 et évolution des ventes en 2025 

L’intérêt observé sur Google ne reflète pas nécessairement les ventes réalisées en magasin. Pour compléter l’analyse, le tableau suivant rapproche deux indicateurs commerciaux :

  • Les parts de marché en volume enregistrées en 2023 dans les hypermarchés et supermarchés, d’après le panel IRI.
  • L’évolution des volumes vendus en 2025 par rapport à l’année précédente, selon les données NielsenIQ publiées par LSA.

Les périodes et les panels étant différents, ces données ne constituent pas une évolution continue sur cinq ans. Elles permettent néanmoins de replacer la visibilité des marques dans le contexte plus large de leurs performances commerciales.

La colonne « Variation » reprend, lorsqu’elle est disponible, l’évolution en volume communiquée pour 2025 par rapport à l’année précédente.

Heineken conserve la première place en volume, malgré un recul de 8,7%. À l’inverse, 1664 progresse de 6,9%, notamment grâce aux performances de ses déclinaisons Blanc et sans alcool.

La situation est plus difficile pour le cœur de gamme Kronenbourg, en baisse de 9,1%. Desperados limite davantage son recul, avec une diminution de 4,8% de ses volumes.

Parmi les marques présentées dans le tableau, Pelforth et Affligem enregistrent les baisses les plus importantes, respectivement de 19% et 16,8%. Ces résultats montrent qu’une position dominante ne garantit pas nécessairement une progression des volumes dans un marché globalement sous pression.

Les principaux segments du marché français de la bière 

Le marché de la bière se compose de catégories qui ne sont pas toujours directement comparables. Certaines reposent sur la couleur ou le style de la boisson, tandis que d’autres correspondent à un mode de production ou à un positionnement commercial.

Les bières blondes restent les plus consommées

La bière blonde demeure la catégorie la plus largement consommée en France, avec environ 23 millions de consommateurs. La bière blanche arrive derrière, avec près de 8 millions de consommateurs. [8]

Ces données confirment la place centrale des références blondes dans les habitudes françaises. Le rayon s’est toutefois considérablement diversifié au cours des dernières années, avec le développement des bières de spécialité, des références aromatisées et des produits sans alcool.

Les bières de spécialité occupent une place importante

Les bières de spécialité regroupent des produits très différents, notamment les bières d’abbaye, les références aromatisées et certaines bières présentant un profil gustatif ou un procédé de fabrication particulier.

Des marques comme Leffe, Grimbergen, Affligem, Desperados ou Corona bénéficient ainsi d’une présence importante en grande distribution. Leur positionnement permet généralement aux distributeurs et aux fabricants de valoriser davantage le rayon que les bières blondes standards.

Les IPA restent particulièrement visibles dans les circuits spécialisés

Les IPA et les bières fortement houblonnées conservent une place plus limitée à l’échelle du marché national. Elles restent néanmoins très visibles chez les cavistes, dans les bars spécialisés et au sein des gammes proposées par les brasseries artisanales.

Leur poids varie fortement selon les circuits de distribution. Elles ne peuvent donc pas être comparées directement aux grandes références vendues dans les hypermarchés et supermarchés.

Le sans alcool constitue le principal relais de croissance

Les bières sans alcool représentent désormais près de 6% des volumes vendus en grande distribution. Le segment a progressé de 11,5% en 2025, ce qui en fait l’une des catégories les plus dynamiques du marché français. [8]

Cette progression accompagne une évolution plus générale des comportements. Les consommateurs recherchent davantage de produits permettant de préserver les moments associés à la bière tout en limitant ou en supprimant la consommation d’alcool.

Les bières artisanales et locales soutiennent la diversité de l’offre

Le réseau français de 2 500 brasseries favorise une offre particulièrement diversifiée, présente dans l’ensemble des départements métropolitains et ultramarins.

Le marché artisanal entre néanmoins dans une phase de consolidation. La multiplication des fermetures, les coûts de production et les difficultés d’accès à certains circuits de distribution nuancent l’image d’une croissance uniforme du segment.

La canette poursuit sa progression

Les formats de conditionnement évoluent également. En 2025, les ventes de canettes ont progressé de 4,8% en volume en grande distribution. Les bouteilles de 75 cl ont, quant à elles, enregistré une hausse de 4,2%. [1]

La canette bénéficie notamment de sa légèreté, de sa facilité de transport et des investissements réalisés par les grandes marques comme par les brasseries indépendantes.

La consommation de bière en France 

Brasseurs de France situe la consommation moyenne à 33 litres de bière par habitant et par an. Selon l’organisation professionnelle, ce niveau place la France au dernier rang de l’Union européenne en matière de consommation individuelle. [1]

Le rapport Kirin Holdings consacré à la consommation mondiale estime, pour sa part, le volume total consommé en France à 2,1 milliards de litres en 2024. Ce volume atteignait 2,121 milliards de litres en 2023, soit une diminution de 1 % sur un an. [9]

Ces deux indicateurs proviennent de méthodologies différentes. Ils doivent donc être considérés séparément : le premier constitue un niveau moyen communiqué par la filière française, tandis que le second s’inscrit dans une comparaison internationale réalisée par Kirin Holdings.

Plus largement, Brasseurs de France estime que le marché a perdu 7% de ses volumes entre 2022 et 2024. En 2025, la consommation à domicile a toutefois progressé de 1,2%. L’été 2025 a également enregistré une hausse de 1,4% par rapport à l’été précédent, qui avait été défavorable à la consommation en raison des conditions météorologiques. [1]

Un tissu brassicole dense, mais fragilisé

Avec 2 500 brasseries, la France conserve le réseau brassicole le plus important d’Europe. Après une décennie de créations rapides, le secteur entre néanmoins dans une phase de stabilisation.

En 2025, 209 brasseries ont fermé, contre 213 ouvertures. Ce quasi-équilibre témoigne d’un ralentissement marqué de la croissance du nombre d’établissements. En 2024, les fermetures avaient déjà été plus nombreuses que les créations. [1]

Les difficultés concernent principalement les petites structures. Selon Brasseurs de France, 96% des entreprises du secteur sont des TPE ou des PME. Elles doivent notamment composer avec la hausse des redevances sur l’eau, l’évolution des coûts énergétiques, le renforcement de la responsabilité élargie du producteur sur les emballages et une réglementation de plus en plus complexe.

Dans ce contexte, certains acteurs mutualisent leurs capacités de production ou mettent en place des rapprochements stratégiques afin de préserver leur activité.

Le sans alcool attire aussi les producteurs

Le développement du sans alcool ne concerne plus uniquement les grands groupes. Une enquête menée par Brasseurs de France en janvier 2026 indique que 40% des brasseurs interrogés produisent déjà de la bière sans alcool, régulièrement ou ponctuellement. Par ailleurs, 30% déclarent avoir un projet en cours sur ce segment. [1]

Parmi les producteurs déjà présents sur le marché, la moitié utilise des levures spécifiques. Cette évolution souligne le rôle croissant de la recherche, de l’innovation et de la maîtrise technique dans la diversification de l’offre brassicole.

La consommation de bière en Europe

À l’échelle mondiale, les premières places du classement de la consommation par habitant sont largement occupées par des pays européens.

Selon le rapport publié par Kirin Holdings le 22 décembre 2025 et portant sur les données de 2024, la République tchèque conserve la première place mondiale pour la 32e année consécutive, avec 148,8 litres consommés par habitant. [9] [10]

Elle devance la Lituanie avec 110,6 litres, l’Autriche avec 104,6 litres, l’Irlande avec 99 litres et la Croatie avec 95,1 litres. La composition de ce top 5 reste inchangée par rapport à l’édition précédente.

L’Allemagne, longtemps présente parmi les tout premiers pays, recule de la huitième à la dixième place mondiale, avec 86,9 litres par habitant. Elle est notamment dépassée par la Slovénie, qui se classe huitième avec 88,4 litres.

Classement des pays européens par consommation individuelle

Le tableau suivant reprend les pays européens présents parmi les 35 premiers du classement mondial Kirin.

La France n’y apparaît pas, car elle ne figure pas parmi les 35 pays affichant la consommation de bière par habitant la plus élevée.

  1. République tchèque : 148,8 litres (1er au monde)
  2. Lituanie : 110,6 litres (2e au monde)
  3. Autriche : 104,6 (3e au monde)
  4. Irlande : 99,0 (4e au monde)
  5. Croatie : 95,1 (5e au monde)
  6. Estonie : 93,2 (6e au monde)
  7. Espagne : 91,8 (7e au monde)
  8. Slovénie : 88,4 (8e au monde)
  9. Roumanie : 87,4 (9e au monde)
  10. Allemagne : 86,9 (10e au monde)
  11. Pologne : 83,2 (13e au monde)
  12. Bulgarie : 81,4 (14e au monde) 
  13. Slovaquie : 81,0 (15e au monde)
  14. Lettonie : 79,1 (17e au monde)
  15. Hongrie : 74,1 (19e au monde)
  16. Bosnie-Herzégovine : 71,4 (20e au monde) 
  17. Finlande : 68,7 (22e au monde)
  18. Portugal : 66,9 (23e au monde)
  19. Royaume-Uni : 66,3 (24e au monde) 
  20. Pays-Bas : 66,2 (25e au monde) 
  21. Russie : 66,1 (27e au monde) 
  22. Serbie : 65,5 (28e au monde)
  23. Danemark : 60,8 (32e au monde)
  24. Belgique : 57,4 (33e au monde)
  25. Norvège : 55,8 (34e au monde)

Les pays européens consommant les plus grands volumes

Le classement change sensiblement lorsque la consommation totale remplace la consommation par habitant. Les pays les plus peuplés occupent alors les premières positions européennes.

La Russie arrive en tête avec 9 512 milliers de kilolitres consommés en 2024. Elle se classe cinquième au niveau mondial, devant l’Allemagne, sixième avec 7 236 milliers de kilolitres.

Le Royaume-Uni occupe la neuvième place mondiale avec 4 509 milliers de kilolitres, suivi par l’Espagne, dixième avec 4 362 milliers de kilolitres.

La France occupe ainsi la 17e place mondiale en volume total, avec 2,1 milliards de litres consommés en 2024. Elle se situe derrière l’Italie, mais devant la Roumanie, l’Ukraine et la République tchèque.

Cette position illustre à nouveau la particularité du marché français : la taille de la population génère un volume total important, alors que la consommation individuelle reste faible par rapport aux autres pays européens.

Ce que révèlent les chiffres du marché français

L’analyse menée par La Planque du Joueur fait ressortir trois grandes tendances.

Premièrement, la France conserve un tissu brassicole exceptionnellement dense, malgré une consommation par habitant limitée. Le nombre d’ouvertures et de fermetures recensées en 2025 indique toutefois que le secteur est entré dans une phase de consolidation.

Deuxièmement, les marques les plus visibles ou recherchées ne sont pas nécessairement celles qui progressent le plus en magasin. Heineken reste leader en volume malgré un recul de ses ventes, tandis que 1664 enregistre une évolution positive.

Enfin, le sans alcool s’impose comme le principal relais de croissance du marché. Sa progression en grande distribution et l’intérêt croissant des producteurs laissent entrevoir une diversification durable de l’offre française.

Méthodologie et limites de l’analyse

Cette étude croise plusieurs indicateurs de nature différente :

  • Google Trends mesure l’intérêt relatif suscité par les marques dans les recherches effectuées sur Google.
  • YouGov évalue la considération d’achat des consommateurs.
  • Les panels IRI et NielsenIQ suivent les ventes réalisées en grande distribution.
  • Brasseurs de France fournit les principaux indicateurs économiques de la filière française.
  • Kirin Holdings mesure et compare les volumes de bière consommés dans 170 pays et régions.

Ces données sont complémentaires, mais ne sont pas directement comparables. Leur période, leur périmètre et leur méthodologie peuvent différer.

Sources

  1. Brasseurs de France, « Le marché de la bière », chiffres 2024-2025 et bilan 2025
  2. The Brewers of Europe, European Beer Trends – Statistics Report 2025 Edition.
  3. SOWINE, « Décryptage des tendances de consommation dans l’univers des vins et spiritueux en 2024 »
  4. SOWINE, « Baromètre SOWINE/Dynata 2025 : les Français et le vin »
  5. FAQ about Google Trends data – Trends Help .
  6. YouGov, « Rankings Bières & Spiritueux 2024 ».
  7. Le Figaro, « Bières : le classement des marques préférées des Français ».
  8. Go-Sidely, « Le marché de la bière ».
  9. Kirin Holdings, Global Beer Consumption by Country in 2024.
  10. Kirin Holdings, communiqué associé au rapport 2025.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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